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20 juin 2026 25 vues
Thylacine : « La Suisse a cette capacité rare à faire dialoguer l’humain et la nature. »

Thylacine : « La Suisse a cette capacité rare à faire dialoguer l’humain et la nature. »

Musicien et compositeur de musique électronique, William Rezé, dit Thylacine, a traversé la Suisse en trains, bateaux, téléphériques et bus afin de composer une œuvre à partir des sons du territoire. Ainsi est née Swiss Sounds, une expérience artistique qui rappelle que le déplacement peut devenir un moment fort de l’expérience.

Comment est né ce projet avec Suisse Tourisme ?

Il est né très simplement, par un mail. Suisse Tourisme savait que j’avais déjà l’habitude de voyager pour composer, de m’inspirer des lieux, d’expérimenter avec les sons. Comme je suis déjà un grand passionné de la Suisse, où j’avais réalisé pas mal de projets et beaucoup d’allers-retours, le lien avec le territoire était assez évident. J’étais emballé. J’ai commencé à imaginer un projet où l’on pourrait enregistrer un maximum de sons partout en Suisse et faire une vidéo qui mette cette diversité en avant.

 Prise de son depuis le Bernina Express en hiver ©Cécile Chabert 

 

Comment transforme-t-on un territoire en musique ?

Je commence par collecter énormément de matière. Sur ce projet, j’avais une sorte de « liste de courses » : des glaciers, des trains, des vaches, du fromage, un téléphérique, un cor des Alpes… Tout ce qui, pour moi, pouvait raconter la Suisse. Ensuite, je constitue une bibliothèque de sons. Une fois rentré, je me suis enfermé en studio. Et là, il faut accepter de se perdre. C’est souvent quand je ne réfléchis plus que l’émotion apparaît.

 

Parmi les sons enregistrés, lequel vous a le plus surpris ?

Le glacier de Zinal. Nous avons fait trois heures de randonnée pour y arriver. Je voulais absolument travailler sur un glacier, mais sans savoir ce que j’allais pouvoir en tirer. Cette année-là, le glacier formait une sorte de grotte. On pouvait entrer dedans. Quand j’ai commencé à taper sur les blocs de glace, chacun produisait une note différente, comme des percussions. Je ne m’attendais pas du tout à cela. C’était génial.

 Thylacine dans la grotte du glacier de Zinal ©Cécile Chabert 

 

Y a-t-il eu un moment où vous vous êtes dit : « Là, j’ai trouvé la couleur sonore de la Suisse » ?

Pas vraiment un moment unique. Ce qui fonctionne, je crois, c’est l’agglomération de toutes ces matières. Parfois, j’enregistrais simplement une ambiance : un paysage au coucher du soleil, un sommet, une vallée, du vent, des grillons, des vaches... Isolées, ces ambiances ne sont pas toujours intéressantes musicalement. Mais quand j’ai commencé à les enchaîner très vite, elles ont créé une sorte de mélodie. Chaque ambiance avait une sonorité différente. C’est là que quelque chose est apparu.

 

Le trajet faisait-il partie de l’œuvre autant que la destination ?

Oui, très vite. Je suis passionné par le train, et le train est rapidement devenu beaucoup plus qu’un moyen de transport. Au départ, je voulais enregistrer plusieurs trains par curiosité. Puis j’ai commencé à mettre ces sons les uns à la suite des autres. Un train seul n’est pas toujours très excitant. Mais quand on les enchaîne, on entend leurs différences. Chacun a sa note, son rythme, sa couleur. C’est là que je me suis dit : il faut enregistrer tous les trains que l’on croise.

 Prise de son sous le viaduc de Landwasser ©Cécile Chabert 

 

Qu’est-ce qui vous a marqué dans la manière dont la Suisse vit ses transports ?

La facilité. On peut aller partout, changer de destination, prendre un train plus tôt ou plus tard, rejoindre des endroits très reculés avec une simplicité incroyable. À Alp Grüm, par exemple, on a vraiment l’impression d’être au bout du monde. Et pourtant, le train passe. On peut s’arrêter, enregistrer, attendre un peu, repartir. C’est presque vécu comme une ligne de centre-ville, alors que l’on est dans un paysage spectaculaire. Cette simplicité m’a beaucoup marqué.

 

Cette campagne invite à écouter la Suisse autant qu’à la regarder. Qu’est-ce que le son raconte de plus que l’image ?

Le son permet de faire attention à des choses que l’on ne remarque plus. En Suisse, ce que je trouve très beau, c’est le mariage entre l’humain et la nature. Dans tous les lieux que j’ai enregistrés, il y avait la nature, mais aussi une présence humaine : un train, une cloche, un bateau, une infrastructure, une activité. En enregistrant ces sons, puis en les mettant un peu plus en avant, on se rend compte de cette harmonie. On entend autrement ce que l’on croyait déjà connaître.

 

 

Avez-vous cherché à restituer une Suisse réaliste ou votre Suisse à vous ?

C’est forcément mon interprétation. Tous les sons viennent bien de Suisse, donc il y a quelque chose de fidèle. Mais le choix des sons, des lieux, des associations, tout cela passe par mes goûts, mes envies, mes rêves. Ce qui était génial dans ce projet, c’est que je pouvais dire : j’ai envie de monter sur le toit d’un téléphérique, de taper sur dix fromages différents, d’enregistrer une vache, un glacier, un cor des Alpes. Et à chaque fois, on essayait de le faire. C’est donc une Suisse réelle, mais filtrée par mon regard et mon imaginaire.

 Taper sur les meules dans la grotte à fromage de Gstaad ©Cécile Chabert

 

Cette expérience peut-elle inspirer les organisateurs d’événements ?

Je crois que ce projet montre qu’une contrainte peut devenir une matière créative. Sur le papier, c’était un peu fou : faire trois heures de marche pour aller taper sur un glacier, enregistrer des trains, des fromages, des bateaux, puis transformer tout cela en morceau.
Mais quand un projet est bien travaillé, même s’il est ambitieux ou un peu étrange au départ, il peut devenir très cohérent à la fin. C’est peut-être cela que je retiendrais : accepter une part de folie, à condition de la pousser jusqu’au bout.

 

Avez-vous eu le sentiment de faire une campagne touristique ou une œuvre artistique ?

Je n’ai aucun problème avec le fait de travailler avec un partenaire, quand il y a de la confiance et de la liberté. L’art, pour moi, a toujours été lié à la contrainte. Quand un partenaire vous fait confiance et vous ouvre des portes, cela permet d’aller au bout d’une idée artistique d’une manière que vous n’auriez pas pu réaliser seul. Ici, j’ai pu tourner dans des trains, monter sur des téléphériques, accéder à des lieux, enregistrer des choses que je n’aurais jamais pu faire seul. Quand l’alchimie fonctionne, c’est génial. Le public, lui, suit d’abord le projet artistique. Tant que l’artistique est juste, la présence d’un partenaire ne pose pas de problème.

 Prise de son sur le téléphérique de Glacier3000 ©Cécile Chabert 

 

Vous attendiez-vous à un tel succès* ?

Quand j’ai terminé la vidéo, j’étais très content et assez sûr de moi. Ce dont je suis peut-être le plus fier, c’est que je peux montrer cette vidéo à n’importe qui sans rien expliquer. La seule chose à dire, c’est : tout est vrai. Je peux la montrer à une personne de 85 ans comme à quelqu’un de 12 ans. Tout le monde comprend. Et en même temps, le projet reste exigeant artistiquement. C’est rare d’arriver à cela. Je savais que cela pouvait toucher largement, mais pas à ce point-là.

 

Avec le recul, qu’aimeriez-vous que le public retienne de Swiss Sounds : un morceau, un voyage, une méthode, une invitation ?

J’aimerais que l’on retienne la part de folie du projet. Une fois que la vidéo existe, tout paraît logique. Pourtant, pendant la création, certaines situations étaient très étranges. C’est cela que j’aime : quand un projet un peu fou, ambitieux, presque improbable, devient à la fin quelque chose de simple, d’évident et de partageable. Je pense que cette part de folie participe beaucoup au résultat.

 Lac de Lauenen près de Gstaad ©Cécile Chabert 

*La campagne Swiss Sounds a été vue plus de 23,3 millions de fois sur YouTube, à fin mai 2026.


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